Un Drone peu ordinaire : le Proteus de Léonardo.
Les drones destinés à la marine sont toujours un peu à part. Si ils peuvent voler dans des environnements moins encombrés (peu de vol à basse altitude, pas d’habitations, pas de relief…), ils doivent faire face à un environnement dangereux (vents violents, mouvement des navires sur lesquels ils doivent apponter, peu ou pas de références visuelles ou de systèmes de balises…). Les marines ont peu de porte avion ou de navire à pont plat. Ces derniers utilisent rarement des drones, préférant embarquer un maximum d’appareils de combat pour augmenter leur puissance de feu. Et, si il existe bien des navires porte-drone, ils sont rares. Enfin, du fait du mouvement continu des navires (et surtout des navires militaires ), les drones doivent avoir une autonomie conséquente pour être utiles.
De fait, la majorité des drones navals, se distinguent par leur taille (il faut embarquer du carburant…. Et un moteur suffisamment puissant pour pouvoir décoller avec ce carburant!) et la capacité d’atterrissage et décollage vertical. De tels engins existent déjà. Ce sont des hélicoptères De fait, Léonardo c’est dit qu’ils pouvaient transformer leur hélicoptère AW 109 en drone.
Cette aventure … compliquée est intéressante à plus d’un titre. Tout d’abord, elle illustre bien la complexité de la création d’un aéronef, même en partant d’une base technique viable. Ensuite, elle montre que si on peut transformer un aéronef moderne en drone, ce n’est pas forcément le plus utile.
En 2022, les Anglais souhaitent développer un drone naval lourd destiné à la lutte anti-sous marine. Les anglais pourraient acheter des hélicoptères US ou même Européens (ce qui est peu probable ), mais la Royal Navy a du mal à recruter et arrive encore moins à fidéliser son personnel. Les drones apparaissent alors comme une solution miracle. La filiale anglaise de Léonardo se voit attribuer le contrat. Mais très vite, et à la grande satisfaction de Léonardo, on ne parle plus d’un engin spécialisé, mais d’une famille d’engin pouvant être adaptés à plusieurs mission. De ce fait, la production promet d’être plus importante… si le concept est validé.
Le choix de partir de l’AW109 pour créer le drone Protéus n’est pas idiot. Un tel engin est capable d’enlever une tonne et demi de charge. Ce qui est exceptionnel pour un drone naval. Cela permet surtout d’embarquer des senseurs et des systèmes d’armes déjà existant… ce qui est autant d’économie pour la Royal Navy. Mais a ce moment l’AW109 a déjà une histoire compliquée…
En 2002, l’ingénieur Suisse Martin Stucki travaille sur un hélicoptère léger basé sur des matériaux modernes. Un concept déjà approfondit par Airbus hélicoptère. Mais Stucki y adapte son design pour avoir la meilleure visibilité possible. L’ingénieur suisse est aussi un pilote et il travaille en conséquence. Grace à un milliardaire russe (Alexandre Mamut), il fonde son entreprise et produit un prototype qui vole en 2014. Mais du premier vol à l’indispensable certification nécessaire à la vente, il y a un énorme pas. Surtout qu’un client de ce type d’engin s’intéresse aussi (voir surtout ) au réseau logistique (que n’a pas cette entreprise ) et à la réputation de fiabilité de l’engin (qui n’en a pas car c’est un prototype… ). Malgré quelques commandes et un partenariat avec la Corée du Sud, l’entreprise Suisse est en difficulté. Elle est rachetée par le constructeur italien d’hélicoptère Léonardo. Ce qui change beaucoup de chose pour le développement de cet hélicoptère. C’est à ce moment que Léonardo se dit que la plateforme pourrait faire un parfait drone…
Comme souvent, Léonardo présente rapidement le drone à la Royal Navy… alors que le projet débute à peine. A la grande surprise des ingénieurs, les rendus visuels du drone changent considérablement par rapport à l’AW109. Si la cabine, le train, les turbines et le système de rotor sont ceux de l’hélicoptère… tout le reste est à refaire… si on veut coller à ce qui a été vendu à la Royal Navy.
A ce moment précis, les ingénieurs maudissent les commerciaux !!! Ce qui arrive souvent dans les boites technologiques. Mais ils ne peuvent pas y consacrer beaucoup de temps : les Anglais veulent tester le démonstrateur tout de suite !
Les Anglais veulent un drone pouvant être testés tout suite pour valider les doctrines d’emploi . Cela ne sert à rien d’acheter des drones si on ne sait pas exactement quoi en faire. Et puis, les phases de tests peuvent servir à mieux définir le cahier des charges pour acquérir un engin adapté aux besoins (comme le fait la marine française depuis des années ).
Il faut noter que le Protéus a été conçu autour d’une baie centrale qui peut très facilement être adapté en fonction des besoins. Ensuite sa capacité d’emport en renforce la modularité. Contrairement à la marine nationale qui utilise des engins moins massifs mais moins adaptables. Par contre, sa taille et son encombrement prennent la place d’un hélicoptère et limitent le nombre d’engin qu’un navire peut embarquer.
Le premier vol du drone a eu lieu en janvier 2026. Il reste de nombreuses mises au points à effectuer avant que Royal Navy puisse tester ce drone. Si notre marine nationale a commencé avec des drones plus modestes et capables de moins de missions, ils sont plus faciles à tester, à mettre au point et à acheter en nombre suffisant. De plus, les crédits d’équipements (après des années de disettes ) sont rares et doivent d’abord être utilisés pour la remise en état des stocks et des infrastructures. C’est pourquoi, même si le Protéus répond en tout point aux espoirs que l’on place en lui, il n’est pas certain qu’il soit commandé. Et si c’est le cas… ce ne sera pas pour tout de suite. De quoi calmer l’enthousiasme des commerciaux de Léonardo…